Je suis un chien de garde, mais de garde rapprochée, c'est à dire que là où "ils" sont, je suis. En particulier, vautré sur le canapé.
Cette semaine de transition à Marseille devait être plutôt cool.
Quand les maîtres vont à la plage, j'ai décidé de me faire également bronzer dans le jardin.
Bien allongé j'en profite pour méditer les paroles de la chanson "Le plus beau du quartier"
écrites par Carla BRUNI (si, si, ne rigolez bas, elle a bien écrit ça, et ce n'est pas le pire…)

"Regardez-moi
Je suis le plus beau du quartier
J'suis l'bien aimé
Dès qu'on me voit
On se sent tout comme envoûté
Comme charmé, hum
Lorsque j'arrive
Les femmes elles me frôlent de leurs
Regards penchés
Bien malgré moi, hé
Je suis le plus beau du quartier,
hum, hum, hum"
C'est bien beau de le dire
encore faut-il le prouver !
Au retour de la plage, je fais la traditionnelle promenade de fin d'après-midi, à la
réunion de toute la gent canine du quartier. C'est sur le plateau d'où partent les chemins de balades dans les collines de Marseilleveyre. Chic, une nouvelle jolie chienne, Leïca, dans les 5 ans,
c'est-à-dire avec une bonne expérience. Tout de suite ça colle entre nous. Sa maîtresse est peintre amateur, et bien sûr la discussion avec le papa a tourné autour de la Fondation de peinture
René POUS (là où il y a mon copain Odin) www.fondationpous.org

Je n'ai pas osé lui chanter du Carla, je me suis rabattu sur le vieux succès de
Line Renaud "Combien pour ce chien dans la vitrine". Je l'ai fait rire, ce qui (comme chacun le sait) est un bon préambule pour une opération de séduction.
Mais voilà, sur le chemin du retour, un autre mâle est venu regarder Leïca de travers avec des intentions encore moins louables que les miennes.
Impossible de laisser passer ça, sinon c'est la porte ouverte à la "chienlit"
comme disait le général.
Je lui fais mon regard à la Marlon Brando dans "Le parrain", il me répond par une patte d'honneur. Malgré les injonctions du papa, je lui saute dessus ; mais, comme il était tenu en laisse,
il renverse sa maîtresse et veut me défigurer en me mordant l'œil. C'est interdit dans les règles de combat de chiens, définies par la convention de Tripoli (celle de Genève, c'est pour les
humains) élaborée par l'ami des "bêtes" le colonel Mouammar Kadhafi.

Le papa nous sépare, chaque maître ausculte son chien, pas de gros dégâts apparents, l'oeil juste un peu rouge, et je repars sous le regard énamouré de Leïca, qui est ravie d'avoir vu se
battre deux mâles pour ses beaux yeux.
Toutes les mêmes, ces chiennes !
Enfin, jai une touche sérieuse.
Le soir mon œil me faisait un peu mal, et donc je vais me réfugier dans les pattes de maman Michou qui m'a mis un peu de Dacryosérum.
Ce matin, j'ai eu beau tourner la tête pour ne pas qu'on me voit, j'ai eu droit à la visite chez mon copain le vétérinaire.

Eric est cool, ne crie pas, et comme il aime bien les boxers, j'y vais sans appréhension.
Vu mon état, je ne la ramène pas et je fais profil bas.
Le papa n'a pas pu résister à prendre une photo après que j'ai eu
dans l'œil les gouttes, la pommade et tout ce qui est marqué sur l'ordonnance (de 2 pages quand même).

Comme j'ai promis que je ne me gratterais pas, j'ai évité la colerette, mais je sens que je suis très surveillé. Voir Leïca avec un œil fermé par un coup, ça fait boxeur "boxer" sortant du ring,
ça a son charme; mais avec une collerette type "fraise portée par les mignons du roi Henri III, c'est ridicule, comme l'a écrit le poète huguenot Agrippa d'Aubigné:

"De cordons emperlés sa chevelure pleine
Sous un bonnet sans bords fait à l'italienne,
Faisait deurc voûtés. Son menton pinceté,
Son visage de rouge et de blanc empasté,
Son chef tout empoudré, nous montrèrent l'idée
En la place d'un roi d'une guenon fardée (...)
Si, qu'au premier abord chacun était en peine
S'il voyait un
roi-femme ou un homme-reine".
Donc, je me tiens à "carreau", d'autant plus que je dois revenir à la clinique vétérinaire demain ou après-demain pour vérifier que ma cornée n'est pas touchée.
"LA" seule question que je me pose est:
"Est-ce que Leïca valait bien ça".
Je vous le dirai à notre prochaine rencontre.
A suivre